Je vous épargne habituellement les travers de ma vie professionnelle -car je juge que ça n'intéresse personne-, mais je vais faire une exception pour l'anecdote de la semaine. J'espère que personne ne m'en voudra.
Mettons en situation et considérons par exemple le commerce de carottes en l'an 2070. L'eau est devenue une denrée rare, et l'irrigation des champs de carottes est limitée. La production mondiale ne suffit pas à couvrir la demande grandissante des terriens affamés. Le commerce du légume orangé est alors surveillé de près et soumis à des normes de plus en plus strictes; un seul incident -la prolifération d'une bactérie, un caprice de Roger Rabbit- peut déclencher une crise économique de grande ampleur.
Et là vous vous demandez quel peut bien être mon rôle dans ce scénario? Et bien, celui du fermier, qui suit de près ses champs, évalue les fruits de sa récolte, et estime régulièrement sa production future, en fonction de ses réserves restantes en eau. Seulement, chaque fermier a ses propres méthodes, les plus courageux décomptent les carottes une par une, tandis que les autres les pèsent globalement et utilisent sa masse moyenne. Bref, c'est la pagaille.
L'objectif de la réunion de mercredi dernier fut donc de nous présenter un nouvel outil, censé harmoniser cet exercice fastidieux afin de diminuer le risque d'erreur. Mais son introduction signifie à court terme des contraintes supplémentaires et le bouleversement de nos petites habitudes. Bref, un emmerdement général... Nous avons donc reçu cette nouvelle avec un entrain assez réfréné, d'autant qu'on a bien vite compris qu'il va falloir décider d'un responsable parmi nous : les investigateurs du projet souhaitent communiquer je cite avec un Super-User !! Ca en jette hein? Pourtant, derrière ce titre plutôt raccoleur se cache rien d'excitant. La scène fut d'ailleurs très comique, chacun a regardé ses pieds et pris un air complètement détaché.
Et avec la chance que j'ai, je sens que ça va être pour ma pomme, mon chef s'est inquiété pour la première fois -et l'après-midi même- de ma date de fin de mission. Etrange coincidence non? Sans parler des blagues de couloir "you're gonna be the Super-User, HAHAHA". Bon, il parait que c'est un bon point pour me rendre indispensable et me faire embaucher. Mais suis-je sûre de souhaiter être embauchée à Stavanger moi?
Laure, Super-Woman.
Afin de préserver ma vie professionnelle, certains détails purement factuels ont été modifiés !
Je ne travaille pas vraiment dans la carotte... mais chut c'est un secret ;-)
Au terme d'une randonnée aussi pentue que pénible, on a cette fois déniché très facilement le fameux rocher du Kjeragbolten, que la nature a mystérieusement déposé entre deux falaises, à quelques centaines de mètres d'altitude, en bordure du Lysefjord.
Je ne vous cache pas que cette photo n'aurait pas été réalisable sans une bonne dose d'inconscience et un zeste d'encouragement extérieur. Ramper et me hisser au sommet du caillou, afin de poser quelques secondes aussi raide qu'un playmobil, le regard loin à l'horizon pour éviter la vue du vide a été une vraie épreuve de force. La seule vue de cette photo me fait encore froid dans le dos, et avec la sagesse du recul, je doute de réitérer un jour mon exploit !
Ca y est, j'ai sorti la tête de l'eau (assez provisoirement en fait) et je profite donc de ce moment de répit pour sauver ce blog de la noyade.
Mes récents talents de dessinatrice m'inspirent l'envie de vous présenter le courant Jean-Paul, qui fait fureur depuis mon arrivée en Norvège. Hervé, heureux (?) mécène de ce chef-d'oeuvre, a d'ailleurs écrit un article très juste sur la mode vestimentaire locale, que je vous invite à lire ici. Je rajoute à mon tour quelques mots sur ce brûlant et intarissable sujet. Aperçu en couleur.

Il est donc fréquent de se retrouver nez à nez avec un polo Jean-Paul, au croisement d'une rue du centre-ville, un samedi après-midi. Impossible de passer outre, l'inscription est énooooorme, et qui plus est en français. Au delà de la première surprise, la blondeur, la taille et la fashion-attitude du Jean-Paul fait rapidement s'envoler l'illusion d'un retour en France. Notre esprit conditionné de bon français associe logiquement le Jean-Paul à la maison de haute-couture française Jean-Paul Gaultier. Une analyse ultérieure et plus clairvoyante nous laisse à penser que quand même, malgré le haut niveau de vie local, tout le monde se fournit en fringues chez le même couturier, dont les goûts (et les couleurs) laissent quelque peu songeur. Un petit tour dans les magasins suffit à vérifier que Jean-Paul est une vraie marque faussement française qui se vend exclusivement en Norvège (et peut-être ailleurs en Scandinavie?). Mais pourquoi Jean-Paul ? Ce n'est pas le prénom le plus en vogue en France -d'avance pardon aux Jean-Paul qui me lisent-. Vous vous imaginez porter un pull Robert, une jupe Françoise ?
Finalement, peu importe le choix du prénom, tant qu'il sonne bien français, c'est la classe...
On n'a pourtant rien à leur envier, les prénoms norvégiens sont inoubliables, en découvrir de nouveaux est mon petit plaisir quotidien. Les heureux gagnants d'aujourd'hui sont je cite : Terje, Ulf, Bente, Geir, Kjersti, Lars, Olav, Tore et Kari. Je vous laisse maintenant deviner quels sont les prénoms féminins. J'avoue avoir une légère préférence pour Lars, la combinaison Lars Larsen, pêcheur des îles Lofoten, est tout simplement magique !

Je ne me moque cependant pas trop fort car on vient de me révéler que la prononciation de Laure s'apparentait beaucoup à cuisse en norvégien :-(
La collection Jean-Paul printemps-été 2007 vous a été gracieusement présentée au sommet du Preikestolen, fameux rocher qui surplombe le Lysefjord du haut de ses 600m.
Interminable semaine au bureau scotchée sur mes deux écrans d'ordinateur. La chance hein ? Pour une reprise, elle ne s'est pas faite dans la douceur. Je ne m'en sors pas sans séquelle, j'ai le teint blaffard, les yeux globuleux, le dos en vrac, et la désagréable sensation de n'avoir RIEN fait de la semaine -je déteste ça-, à part satisfaire mes besoins primaires que sont bosser, dormir, et manger. Et encore, le frigo est désespérement vide, faute de temps.
Mon unique distraction de la semaine fut la découverte en concert de Phoenix, qui est un groupe de pop-rock... français. En pleine tournée de leur dernier album It's never been like that, le groupe a fait un crochet par la Norvège -en même temps c'est pas bien long, 4 grandes villes et hop c'est dans la poche- et s'est donc produit à Stavanger dans une ambiance étudiante et légère, tout en remportant un succès très respectable, au moins dans la gérération 18-20 ans. On s'est senti rajeunir ;-)
Leur premier tube Too Young est dans la bande originale du film Lost in Translation, mais le mérite est moindre; Sofia Coppola, la réalisatrice n'est autre que la belle du chanteur du groupe, Thomas Mars.
Pffffffff, je vais me recycler dans la chanson moi si c'est si facile...
